Aaaah l’ado en colère… Cet être de lumière dont le comportement a complètement changé à 10 ans (incluons la pré-adolescence, hein, soyons pas radins…), amenant avec lui une bonne ambiance à base de silences et de cris (en alternance, histoire d’être encore plus surprenant). Hier encore, c’était un petit bout de chou haut comme trois pommes qui réclamait des câlins. Aujourd’hui, il tient plus du gremlin que du petit chérubin que tu tenais dans tes bras…
Dans un précédent article, je te parlais du paradoxe qui épuise les parents chez l’ado en colère. On y parle d’une raison pour laquelle ton ado peut-être en colère, une raison que je vois dans la plupart de mes séances de sophrologie autour de cette thématique.
Dans cet article, je veux aborder un sujet connexe: toi. Toi en tant que parent d’un ado en colère.
Parce que comme je le dis souvent en séance: dans ce type de problématique relationnelle, tout est interconnecté: lui, toi… Changer le comportement d’un des protagonistes (ton ado en l’occurrence), c’est bien. Mais travailler aussi sur toi, c’est encore mieux !

C’est la guerre…
On va pas se mentir: vivre avec un ado en colère, ça te transforme la maison en champ de bataille qui s’apparente au choix, à une guerre froide ou à une guerre des tranchées (ou à un mélange des deux même parfois).
C’est généralement… tendu. Tu l’ignores en pensant le laisser tranquille ? Il te reproche de ne pas t’intéresser à lui. Tu lui parles ? Il t’envoie balader ou te crie dessus. Toi, t’es là, tu as déjà ta journée dans les pattes et il faut ENCORE prendre sur toi, encaisser l’injustice de sa réaction, gérer le stress, les cris, les reproches…
En plus, il faut compter avec l’effet miroir… Tu te souviens quand je te disais que dans une relation, tout est connecté ? Eh bien c’est le cas ici aussi: ton ado crie ? Ba tu cries aussi. Il te fait des reproches injustifiés ? Tu réponds par des reproches aussi. Et quand il claque la porte de sa chambre, tu as juste envie de casser des assiettes… Bref, chez toi, c’est la loi du Talion, oeil pour oeil et dent pour dent.
Puis arrivent la honte et la culpabilité. De ne pas savoir gérer, de te laisser emporter par la colère, de ne pas savoir réagir. Ou de ne pas être une bonne mère ou un bon père. Et même de lui faire du mal alors que tu l’aimes.
Tu te demandes: « Qu’est-ce que j’ai fait pour en arriver là ?«
Et finalement, tu te retrouves dans le salon, la tête entre les mains à te poser LA question qui tue: « C’est lui le problème ou bien c’est moi ?« .
Ce que la science nous apprend sur l’ado en colère
La co-régulation nerveuse
La co-régulation, pour faire très simple, c’est le fait que deux systèmes nerveux puissent s’influencer mutuellement.
Par exemple, tu as peut-être déjà remarqué que, quand il était petit, ton enfant ton enfant avait tendance a calquer ses réactions sur les tiennes. S’il se trouvait dans une situation qui lui causait de la peur et qu’il te sentait / voyait très calme et pas inquiet.e, il avait tendance à se tranquilliser très vite.
Voila, ça c’est la co-régulation des systèmes nerveux.
Jusqu’à ses 3 ans, l’enfant n’a pas la capacité à réguler ses émotions tout seul. Donc il « emprunte » le système nerveux de ses parents. Si tu es calme, il se calme. S’il te sent stressé.e, alors il s’inquiète.
Ce qu’on sait moins, c’est que cette dépendance, elle continue jusqu’aux 12 ans de l’enfant. Elle diminue petit à petit, un enfant de 12 ans est bien moins dépendant de son parent pour réguler ses émotions qu’un enfant de 4 ans, mais quand même…
Entre 4 et 12 ans, il développe petit à petit ses propres ressources pour réguler son système nerveux. Mais il a encore besoin de celui de l’adulte comme filet de sécurité: en cas de gros stress, il vient se « recâbler » sur celui de son parent.
Ton ado en colère ne le fait pas exprès
Encore plus fou: la partie du cerveau qui régule les émotions (le cortex préfrontal) n’est mâture qu’autour de 25 ans. Autrement dit, l’ado se croit autonome, revendique de l’être, mais neurologiquement il est encore très perméable à l’état nerveux de ses parents. Il capte ton état encore plus intensément qu’un enfant, parce que tout est amplifié chez lui.
C’est ce qui explique les variations de comportement fréquentes lors de la pré-adolescence et de l’adolescence: ton enfant peut te crier dessus qu’il a besoin d’être tranquille et l’heure d’après venir réclamer des câlins et du soutien face à une angoisse.
C’est difficilement compréhensible de ton point de vue de parent, je te l’accorde. Mais c’est rendu nécessaire par son système nerveux en cours d’autonomisation.
La co-régulation, ça fonctionne dans les deux sens
Pourquoi j’insiste tant sur le concept de co-régulation ?
Parce qu’une fois que tu l’as compris, tu comprends aussi que tu tiens entre les mains une partie de la solution.
J’ai évoqué plus haut le fait que souvent ton ado crie, que tu cries par dessus et que ça monte très vite après. Ca, c’est typique de deux systèmes nerveux qui s’échauffent mutuellement (on parle de dysrégulation en miroir ou encore d’escalade symétrique).
Donc, si deux systèmes nerveux peuvent s’emballer ensemble… ils peuvent aussi se calmer ensemble.
Mais… il y a une condition: quelqu’un doit initier le mouvement. Et ce quelqu’un ne peut être que le parent.
Finalement, ce qu’on peut dire, c’est que quand ça part dans tous les sens, et que tu te demandes « Qu’est-ce que j’ai loupé pour en arriver là ? », la réponse n’est pas à chercher du côté de ce que tu as fait (tes méthodes éducatives, par exemple) mais plutôt du côté du comment tu es (ton état intérieur et ta capacité à redescendre face au système nerveux saturé de ton ado en colère).
« Je fais comment concrètement face à mon ado en colère? »
La compétence clé à développer pour faire face à ton ado en colère, c’est la capacité à réguler le plus rapidement possible ton propre système nerveux.
Plus tu seras calme, stable et posé dans l’échange, plus ton ado calquera ses réactions sur les tiennes. Ton de voix, posture, rythme de parole… Garde à l’esprit que ton enfant capte tout, plus ou moins consciemment.
La sophro telle que je la propose (c’est-à-dire couplée aux neurosciences), c’est précisément un entraînement du système nerveux. On apprend à ton cerveau à développer sa capacité à revenir au calme précisément dans les situations qui déclenchent de la colère ou du stress.
On modifie le réflexe premier de ton cerveau, pour dire ça très simplement.
En séance, après avoir identifié et donné la parole à toutes les pensées que tu as quand tu es face à ton ado en colère, on travaille dans un premier temps sur des techniques pour diminuer le réflexe de colère ou de stress. Puis, on amplifie la facilité de ton cerveau à développer du calme et de l’écoute à la place.
Ca passe par exemple par des exercices où tu te visualises dans une situation de crise avec ton ado et où on rejoue la scène d’une manière plus conforme à ce que tu souhaites développer (tu restes calme là où habituellement tu exploses).
Garde en tête un truc essentiel…
Face à ce type de problématique, le réflexe c’est souvent de trainer l’ado en colère dans le cabinet du sophrologue. Et travailler sur soi en tant que parent, on trouve ça peu naturel, voir contre productif.
Mais, on l’a vu: c’est le parent l’élément central du changement.
Travailler sur toi, prendre ce temps-là, ce n’est pas être égoïste. Ou abandonner ton enfant.
C’est lui offrir un point d’ancrage stable. Et c’est précisément de ça dont il a besoin pour que les choses changent.
Si tu es de Savoie, tu peux réserver ta séance au cabinet (Val d’Arc, portes de la Maurienne).
Je consulte également à distance, en visio.


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