Il est 22h. La maison est enfin silencieuse. Les enfants dorment, la vaisselle est faite, et toi, tu es assis.e dans le canapé, bien décidé.e à (enfin) souffler. Sauf que ton corps, lui, n’a pas eu l’info… Ton cœur bat un peu trop vite. Tu sens tes épaules toutes crispées. Une partie de toi écoute encore la maison, prête à réagir au moindre bruit.
Alors oui, tu appelles ça « être vigilant.e ». « Perfectionniste ». « Un bon parent ». Allez, peut-être que tu peux même te dire que tu es « quelqu’un qui n’arrive pas à lâcher prise ».
Tu es persuadé.e que c’est « comme ça ». C’est ton caractère.
Pourtant, ce que tu vis là n’a rien à voir avec un trait de personnalité.
Voici six signes que beaucoup de personnes confondent avec qui elles sont, alors qu’ils parlent avant tout d’un système nerveux bloqué en mode survie.

Pendant la rédaction de cet article, j’ai notamment écouté:
1. « Je sais quand quelqu’un va mal. »
Ce que les autres voient
Tu scrutes les visages avant de parler. Tu anticipes les problèmes avant qu’ils n’arrivent. Dans une pièce, tu sais toujours qui est tendu, qui va bien, qui cache quelque chose. Les gens te trouvent perspicace.
Ce qu’il se passe réellement
Et… toi, tout ça te coûte une énergie folle.
Ce n’est pas arrivé par hasard, entendons nous bien. Cette forme d’hypervigilance se développe souvent après un événement traumatique, et / ou dans l’enfance, lorsque tu grandis dans un environnement insuffisamment sécurisant. Dans ce type d’environnement, l’enfant doit repérer le danger avant qu’il ne devienne concret.
Le problème, c’est que ce type de fonctionnement ne s’est jamais éteint, même une fois arrivé.e à l’âge adulte, au sein d’environnements plus sûrs. Et finalement, ton système nerveux continue à « scanner » tout ce qui se passe autour de toi en permanence, plus par habitude que par nécessité.
2. « Je sais gérer plusieurs tâches en même temps. »
Ce que les autres voient
Tu enchaînes les tâches les unes après les autres sans jamais vraiment t’arrêter. Faire une pause te met presque mal à l’aise; tu culpabilises de perdre ton temps, de ne pas « utiliser » ce temps pour quelque chose d’utile, de productif.
Les gens autour de toi t’envient cette capacité à « tout gérer », à faire tout ce que tu fais, à mener de front 10 000 projets en même temps.
Ce qu’il se passe réellement
Ton corps ne sait plus comment se poser, parce qu’il a appris que rester actif était plus sûr que ralentir.
Pour schématiser très grossièrement, face à une menace, le système nerveux a 4 possibilités de réponse:
- Fight = combattre, c’est-à-dire répondre à une menace par la colère et l’aggressivité
- Flight = fuir, c’est-à-dire s’éloigner de la menace à tout prix
- Fawn = se soumettre, c’est-à-dire essayer de plaire à l’agresseur pour éviter la menace et la souffrance
- Freeze = figer, c’est-à-dire dissocier
Dans ton cas, c’est le système Flight (la fuite) qui est actionnée en permanence face à ce que ton corps perçoit comme une menace. Et cette menace, c’est souvent une croyance issue de l’enfance. Par exemple: Si je ne travaille pas assez bien à l’école, je suis puni.e.
Bonus: Si tu es convaincu.e que les femmes peuvent faire plusieurs choses en même temps, comme on l’entend souvent, sache que la science a démontré que c’est faux. Au mieux, les cerveaux des femmes basculent plus facilement d’une tâche à une autre que ceux des hommes, mais la recherche ne sait pas encore s’il s’agit d’une compétence innée (des différences au niveau physique dans les cerveaux dès la naissance) ou acquise (compétence qui se développe après la naissance, par conditionnement social).
Dans tous les cas, nos cerveaux ne sont pas faits pour être sollicités en permanence; les temps de repos sont nécessaires à leur bon fonctionnement. Donc si tu as l’impression d’être capable de faire plusieurs choses à la fois, il s’agit probablement dans tous les cas d’une réponse conditionnée par ton environnement. Vouloir à tout prix enchainer les tâches à toute vitesse conduit souvent au surmenage.

3. « Je me débrouille tout.e seul.e. »
Ce que les autres voient
Tu es du genre à ne pas te plaindre, même quand c’est trop dur ou que ça dépasse tes limites. Tu trouves des solutions et tu avances. On te dit que tu es fort.e, solide. Que tu es résilient.e, autonome et que tu ne te laisses pas abattre facilement.
Pilier pour les gens autour de toi, on se repose facilement sur toi.
Tu tiens, même quand c’est dur. Tu ne te plains pas trop, tu trouves des solutions, tu avances. On te dit que tu es solide. Mais cette solidité cache souvent un renoncement plus discret : celui de demander du soutien, parce qu’à un moment, personne n’était disponible pour le donner. Ton corps a alors appris à se débrouiller seul, quitte à s’épuiser en silence.
Ce qu’il se passe réellement
Cette apparente force, cette solidité, cache souvent en réalité un renoncement: celui de demande de l’aide. Tu es très fort.e (sans mauvais jeu de mot!) pour soutenir les autres, mais tu as énormément de mal à accepter leur aide quand c’est nécessaire.
Généralement, ce fonctionnement vient d’un moment dans ta vie où tu avais besoin d’aide mais où personne n’a été disponible pour te tendre la main.
Tu as intégré la croyance que les autres ne sont pas fiables et que tu dois te débrouiller seul.e. Et ton système nerveux passe en mode alerte dès lors qu’on te propose de l’aide pour faire un truc.
Constat personnel: Ce fonctionnement est très fréquent chez les Millennials (la génération d’enfants nés entre 1980 et 1996), une génération où était prôné le « laisser pleurer » pour ne pas rendre les bébés capricieux. Alors je n’ai pas de preuves scientifique d’un lien entre l’un et l’autre, mais je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il existe quand même.
4. « Je n’ai pas besoin de beaucoup de sommeil. »
Ce que les autres voient
Tu dors, on ne peut pas dire le contraire. Tu t’installes dans ton lit, tu poses ta tête sur l’oreiller et tu dors. Sauf que tu te réveilles fatigué.e, la mâchoire crispé.e, comme si la nuit avait plus été une longue veille qu’un vrai repos.
Ou bien tu as un sommeil lourd mais court. Un peu comme si pof! tu tombais dans le coma. Et le lendemain, le résultat est le même: tu te réveilles fatigué.e.
Laisse moi deviner: tu es abonné.e aux 5 réveils pour enfin te tirer du lit et aux « t’as l’air fatigué.e » quand tu arrives au bureau.
Ce qu’il se passe réellement
Perso, je plaide totalement coupable pour celle-ci ! J’ai passé des années à dire fièrement que je n’avais besoin que de 4 ou 5h de sommeil par nuit pour être fonctionnelle le lendemain. Et c’est totalement faux…
Tu penses que c’est lié à l’âge, aux enfants, au travail, aux études… Alors on ne va pas se mentir: ça joue, certes. Mais un système nerveux qui reste en alerte la nuit empêche le corps d’atteindre les phases de sommeil où il se régénère vraiment.
Sommeil trop court ou pas assez profond, même combat: ton corps a besoin de vrais temps de repos dans de bonnes conditions pour être réellement opérationnel au réveil.

5. « Je suis exigeante et perfectionniste. »
Ce que les autres voient
Tu prépares, tu vérifies, tu anticipes les imprévus. Celle qui organise, qui trie, qui gère. Tu as la réputation d’être un.e planificateur.ice hors pair et tu es la personne sur qui les autres ont tendance à se reposer.
Tu as 1000 to-do lists dans ton téléphone et tu as la réputation de savoir exactement quoi faire à quel moment pour que les choses avancent.
Ce qu’il se passe réellement
Mais, en coulisses, un changement à la dernière minute et bien souvent, tu bascules dans un état de tension disproportionné par rapport à la situation.
Cette apparente capacité extra ordinaire à t’organiser cache souvent un besoin de contrôler l’environnement pour se sentir en sécurité. Ce n’est pas un simple trait de personnalité. C’est généralement une stratégie mise en place par ton corps pour retrouver un sentiment de sécurité, à un moment de ta vie ou elle n’était pas assurée par ton environnement de vie.
6. « Je suis une personne timide. »
Ce que les autres voient
Quand tu passes un bon moment, une fête, une soirée entre amis, un moment de rire, de partage… parfois tu sens que tu restes en retrait. Comme si une part de toi n’osait pas se détendre complètement. D’ailleurs, on te dit (ou tu te dis à toi-même) que tu devrais apprendre à lâcher prise.
Parfois, ce fonctionnement est perçu par les autres comme de la rigidité, de la timidité ou de l’introversion.
Pour rappel, c’est quoi la différence entre la timidité et l’introversion ? Pour faire très simple, la timidité, c’est un mouvement de repli vers soi lors des rapports sociaux. L’introversion, c’est un fonctionnement dans lequel une personne manifeste plus d’intérêt pour son propre univers intérieur que pour ce qui lui est extérieur.
On peut être timide et extraverti: c’est le cas d’une personne qui aime le contact des autres et puise son énergie dans le groupe (extraversion), mais qui ressent une peur intense du jugement, un manque d’assurance ou un stress bloquant lorsqu’elle doit s’exprimer (timidité).
Et on peut être introverti et absolument pas timide: c’est le cas d’une personne qui aime rencontrer de nouvelles personnes et échanger avec les autres, mais qui, après une journée passée avec les gens, aura besoin de se ressourcer dans son propre espace.
Ce qu’il se passe réellement
Ces moments là n’illustrent pas un manque de gratitude ou de reconnaissance pour les personnes qui te reçoivent, ou pour ce que tu es en train de vivre.
C’est simplement le signe que ton corps reste bloqué en mode survie car il ne se sent pas suffisamment en sécurité pour lâcher prise dans ce type de moment.

Ce que ces six signes racontent vraiment
Pris séparément, ces comportements ressemblent à des traits de caractère assez communs. Assemblés, ils dessinent le portrait d’un système nerveux qui n’a jamais vraiment eu l’occasion de se reposer. Ni la volonté ni la compréhension ne suffisent à eux seuls pour changer ça, parce que ce fonctionnement s’est inscrit dans le corps, pas seulement dans les pensées.
C’est justement là que la sophrologie prend tout son sens. En sophro, on travaille directement sur ce que ton corps ressent et sur la façon dont ton système nerveux réagit au quotidien. À travers des exercices de respiration, de détente musculaire et de visualisation, la sophrologie t’aide à te reconnecter aux signaux concrets de sécurité, ceux-là mêmes qui te manquent parfois depuis longtemps.
Petit à petit, ces exercices permettent au corps de réapprendre qu’il peut se relâcher vraiment, sans que cela demande un effort supplémentaire.
Ce travail ne se fait pas en une séance, et il n’a pas vocation à effacer d’un coup des années d’habitudes. Mais chaque séance apporte une brique, et ces briques finissent par construire un socle plus stable, sur lequel ton système nerveux peut enfin se reposer.
Et maintenant ?
Si tu t’es reconnu.e dans plusieurs de ces signes, tu n’as pas besoin d’attendre d’aller « vraiment mal » pour t’en occuper. Le mode survie s’installe doucement, et il se désinstalle de la même façon: par des petits pas réguliers, adaptés à ton rythme.
Je propose des séances individuelles pensées pour ce travail de régulation, en cabinet à Val d’Arc ou à distance. Si tu sens que le moment est venu de faire quelque chose pour ton système nerveux plutôt que de continuer à tenir, tu peux réserver une première séance quand tu le souhaites.


Laisser un commentaire