Tu jettes un oeil à l’écran de ton téléphone: encore 2h avant cette réunion avec ton patron. Cette conversation, tu la redoutes vraiment. Tu sais que ça ne sera pas un moment facile, vu le sujet à aborder.
Depuis que la date a été fixé, à chaque fois que tu y penses, c’est la même chose: ton coeur s’accélère, tes mains deviennent moites et tu te sens un peu plus fébrile. Un peu comme si tu étais déjà en train de vivre le moment, alors que, concrètement, il ne s’est encore rien passé. Rien. Absolument rien.
Pourtant, ton corps réagit comme si c’était le cas.

Pendant la rédaction de cet article, j’ai notamment écouté:
Le cerveau ne fait pas la différence entre le réel et l’imaginaire
Quand on y pense, c’est étonnant, n’est-ce pas?
Je dis souvent aux personnes qui viennent à moi que le cerveau ne fait pas la différence entre le réel et l’imaginaire. La réaction est souvent la même, quelque chose comme: « Pourtant, je sais bien que le fauteuil dans lequel je suis assis.e est réel et que la source de l’anxiété pour laquelle je viens vous voir ne l’est pas. »
Et si je te disais que la science est à présent en capacité de nous démontrer que, c’est vrai, le cerveau ne fait pas la différence entre une scène réelle et une scène qui n’a lieu que dans ta tête?
En 2025, les chercheurs ont prouvé l’existence et montré le fonctionnement du mécanisme sur lequel repose toute la sophrologie.
Et le plus dingue, c’est qu’on n’en a absolument pas parlé (ce à quoi nous allons remédier aujourd’hui ahah).
Une question longtemps restée irrésolue
Un sujet mis de côté par la recherche
Jusqu’à très récemment, la question de savoir par quels mécanismes physiques et / ou chimiques le cerveau arrive à distinguer une perception réelle d’une simple image mentale demeurait sans réponse.
En réalité, il y a une explication à ce « trou dans la raquette » de la recherche: les deux mécanismes (traiter une perception réelle / traiter une image mentale) ont des fonctionnements extrêmement proches. Raison pour laquelle les chercheurs avaient des difficultés à isoler l’un et l’autre et à bien les comprendre.
Ce qui est intéressant, rien qu’avec cette info, c’est qu’on a déjà un indice sur le fait que la frontière entre les deux est assez floue. On pouvait donc légitimement penser qu’il existait un lien entre les deux, voir une influence de l’un sur l’autre.
Comment le cerveau fait il la différence entre le réel et l’imaginaire?
Une équipe de l’University College London (UCL), menée en 2023 par la chercheuse Nadine Dijkstra et le professeur Stephen Fleming, a voulu comprendre comment cette frontière se construit.
Dans leurs travaux, publiés dans la revue Nature Communications, ils montrent comment l’imagination et la perception ne sont pas deux circuits séparés qui fonctionnent chacun de leur côté. En réalité, ces deux mécanismes se mélangent. Ce qui détermine si une expérience est jugée réelle ou imaginaire par un individu n’est donc pas la nature de l’expérience, mais son intensité: le cerveau évalue la force du signal, et s’il dépasse un certain seuil, l’expérience est traitée comme étant réelle.
Pour expliquer ça autrement: une image mentale suffisamment forte peut littéralement être perçue par ton cerveau comme étant une expérience vécue dans la réalité.
C’est juste… fascinant. Mais ce n’est pas tout.
Un mécanisme physique et chimique à présent documenté
Une étude de suivi de 2025, toujours menée par la Dr Nadine Dijkstra et publiée dans la revue Neuron, a même permis de localiser une zone impliquée dans cette bascule entre réalité et imagination: le gyrus fusiforme, qui collabore avec d’autres régions du cerveau pour trancher entre ce qui vient du monde extérieur et ce qui vient de l’intérieur.


Le seuil de réalité: le point de bascule entre le réel et l’imaginaire
Cette découverte change à mon sens beaucoup de choses, notamment pour tout ce qui touche à l’anxiété et aux ruminations. Et c’est pour cette raison que je suis étonnée que tout ce travail n’ait pas fait plus de bruit que ça…
De suite, j’ai fait le lien avec deux choses.
La méthode Coué
C’est quoi la méthode Coué?
Je suis sûre que tu connais, même si tu ne sais pas forcément que ça s’appelle comme ça.
La méthode Coué, c’est une méthode basée sur l’autosuggestion et l’autohypnose qui repose sur un principe simple: toute idée qui se grave dans notre esprit tend à devenir une réalité. Concrètement (et schématiquement), la méthode Coué consiste à se répéter plusieurs fois par jour des phrases positives jusqu’à ce que celles-ci deviennent « partie prenante de « une réalité ».
Cette méthode repose sur le concept de pensée positive dont la professeur Joanne Wood a étudié la pertinence et l’impact en 2012. D’après son étude, la pensée positive a paradoxalement des effets négatifs chez les personnes qui ont une faible estime de soi.
Je te la fais courte: se dire « je suis fort.e » quand on n’a pas confiance en soi et en ses capacités entraine presque automatiquement des pensées du type « ouais mais non, hier j’ai pas osé dire au serveur que j’avais commandé un jus d’ananas et pas un jus d’abricot, en fait je suis pas fort.e du tout, je suis pas capable, j’ai peur de tout, je suis nul.le ». Et dans ce cas, la pensée que vient renforcer la méthode Coué n’est pas la pensée positive mais le flot de pensées négatives qui viennent ensuite.
Pensée positive = secte
Wood démontre, d’une certaine manière, par la même occasion que la pensée positive fonctionne, à condition d’y croire suffisamment fort (l’intensité mise en avant par l’étude de Nadine Dijkstra en 2023).
Seulement, comme souvent, en devenant « mainstream », l’étude de Wood a été un peu galvaudée, des éléments ont été sortis de leur contexte, simplifiés à outrance et (en schématisant toujours) on en arrive à associer pensée positive avec bullshit voir secte (comme le montre le film Gourou avec Pierre Niney).
Les études récentes sont intéressantes car elles permettent de nuancer le propos: la pensée positive pourrait fonctionner à condition qu’on croit à cette pensée avec suffisamment d’intensité.
Les sacro-saintes TCC
C’est quoi les TCC?
Je provoque volontairement les psy qui me liront, avec ce titre ahah. Je me suis formée en TCC et de nombreuses études ont déjà prouvé sa validité, il n’est pas question pour moi de revenir là-dessus.
Les TCC ou Thérapies Cognitivo-Comportementales sont un ensemble de techniques de prises en charge de la souffrance psychologique. Dans cette approche, basée sur la psychologie expérimentale, on se concentre sur les causes actuelles du problème (à la différence de la psychanalyse, par exemple, qui au contraire cherche à remonter jusqu’aux origines de la souffrance) et on se base sur des protocoles très structurés et « duplicables » d’une personne à l’autre.
C’est à l’heure actuelle, il me semble, l’approche la plus utilisée (et documentée) en psychothérapie, en France en tout cas.
Le lien avec le mécanisme faisant la différence entre le réel et l’imaginaire
Je me souviens d’un exercice qu’on nous a appris en formation et qu’on nous suggérait d’utiliser « un peu à toutes les sauces » parce qu’il était simple à mettre en oeuvre, très visuel pour le patient et efficace.
Cet exercice consiste tout simplement à mettre en place un journal d’auto-observation dans lequel on va consigner les dates / heures / déclencheurs de notre problématique, les circonstances dans lesquelles la « crise » s’est déclenchée et… les pensées qu’on a eues au moment du déclenchement.
Le travail derrière consiste à essayer de trouver des substituts positifs aux pensées négatifs ayant conduits à la crise, de manière à pouvoir progressivement reconnaitre nos pensées négatives quand elles arrivent et les remplacer par des pensées positives qui aideront à éviter ou amoindrir la crise.
Alors attention, les TCC ne se résument pas à ça et encore une fois, leur efficacité est réelle et bien documentée.
Mais les recherches de la Dr Dijkstra permettent aujourd’hui de mieux comprendre, à mon sens toujours, pourquoi cet exercice est particulièrement efficace.
Fun fact: Je me suis formée en TCC avant de plonger dans la sophrologie et dès le début, j’ai vu des parallèles de ce type entre les deux. Et même si à l’époque la science n’avait pas encore expliqué comment ça pouvait fonctionner, j’ai toujours été convaincue que la sophro reposait sur des mécanismes que les neurosciences pourraient expliquer.

Utiliser ce mécanisme plutôt que le subir
Ces recherches de 2023-2025 explique pourquoi ressasser une dispute ou anticiper le pire avant un examen épuise autant que l’événement lui-même. Le corps ne sait pas faire la part des choses. Il répond à l’intensité du signal, pas à sa source.
La bonne nouvelle, c’est que ce même principe fonctionne dans l’autre sens. Si une image mentale suffisamment précise peut déclencher du stress, elle peut tout autant activer du calme, à condition d’être construite avec la même intensité.
C’est exactement le terrain sur lequel travaille la sophrologie, à travers ce qu’on appelle une sophronisation. Contrairement à une visualisation vague du type « imagine un endroit qui te fait du bien », une sophronisation bien menée mobilise plusieurs sens à la fois: ce que tu vois, ce que tu entends, la température de l’air, le poids de ton corps, les sensations sous tes pieds…
Plus la scène est incarnée, plus le signal envoyé au système nerveux est fort, et plus il a de chances d’être traité comme suffisamment réel pour produire un effet physiologique concret, une baisse du rythme cardiaque, un relâchement musculaire, un apaisement de la respiration.
Ce n’est donc pas de la pensée positive au sens où on l’entend souvent, une injonction à « voir la vie en rose ». C’est l’utilisation consciente d’un mécanisme neurologique bien réel, pour donner à ton système nerveux une expérience de sécurité qu’il peut ensuite mobiliser dans les moments difficiles.
Ton exercice
Ferme les yeux et repense à un lieu où tu t’es senti pleinement en sécurité et détendu, un souvenir précis plutôt qu’une idée générale. Prends le temps de reconstruire la scène avec le plus de détails possible : les couleurs autour de toi, les sons présents, la température sur ta peau, la position de ton corps. Reste ainsi une minute ou deux, en laissant les sensations s’installer plutôt qu’en te contentant de les visualiser de loin.
Si tu observes une légère détente dans tes épaules, une respiration qui ralentit un peu, c’est exactement ce mécanisme qui vient de s’activer.
Apprendre à diriger son imagination
Que tu le veuilles ou non, la science l’a aujourd’hui montré, ton cerveau confond réalité et imagination. Tu ne peux pas l’empêcher.
Face à ça, tu as grosso modo deux possibilités: le déni (oui, c’est une possibilité) ou apprendre comment apprivoiser cette capacité.
C’est tout le travail que je propose en séance de sophrologie. Apaiser le système nerveux, ça s’apprend, et cet exercice n’en est qu’un tout petit aperçu. Si tu as envie d’aller plus loin et d’apprendre à mobiliser ce mécanisme de façon guidée, tu peux réserver une séance directement en ligne (ou au cabinet si tu es dans le secteur de Val d’Arc – Aiguebelle, en Savoie).


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