Pourquoi on confond la sophrologie avec la méditation ou l’hypnose ? (théorie du prototype)

Faisons un test.

Voici une série de mots:

eau chaude citronnée, café, infusion, chocolat chaud, chai latte.

Je vais te demander de noter, le plus spontanément possible, de 1 à 5 à quel point chaque élément te semble être un « bon exemple » de la catégorie Boisson chaude.

C’est fait ?

Maintenant même exercice avec la série de mots suivante:

méditation, hypnose, sophrologie, cohérence cardiaque, yoga

à classer pour la catégorie Pratiques de bien-être et de gestion du stress.

Dis moi en commentaire à cet article lequel tu as placé en première position. Je suis curieuse de savoir même si je devine par avance que, pour la première série, tu as plus probablement placé « café » en tête de liste et pour la seconde liste, ce sera sans doute « yoga » qui arrivera majoritairement premier.

Comment je le sais ? Tout simplement car cet exercice est l’illustration parfaite de la théorie du prototype.

La table (1910), Henri Le Sidaner (french, 1862 – 1939)

Pendant la rédaction de cet article, j’ai notamment écouté:


La sophrologie victime de la théorie du prototype

Peut-être que tu ne connais pas particulièrement bien la sophrologie. Si tu connais déjà, tu vas devoir faire un effort supplémentaire et essayer de te replacer dans ton « toi » qui ne savait pas trop ce qu’était la sophro.

Si je te dis « sophrologie », qu’est-ce qui te vient spontanément en tête ?

Tu as peut-être pensé « c’est une pratique un peu perchée« , « c’est une méthode de respiration« , « c’est pour se détendre« , voir même carrément, tu as pensé « c’est de la méditation« .

Si c’est le cas, bonne nouvelle ! Ton cerveau qui fait son travail correctement.

La sophrologie n’est pas de la méditation

Ton premier réflexe, face à un terme que tu ne connais pas bien, c’est d’essayer de l’associer à quelque chose. Même pas la peine d’essayer de maitriser ce mécanisme, il fait partie du fonctionnement naturel du cerveau humain, personne ne peut lutter contre ça.

Beaucoup de gens qui arrivent à moi en séance connaissent la sophrologie de nom mais ignorent ce que c’est vraiment. Alors bien souvent, ils confondent la sophrologie avec la méditation ou avec l’hypnose, voir même avec le yoga.

Parce qu’ils ont vu une video des exercices de relaxation dynamique, ils ont fait le lien avec le yoga. Quand ils ont entendu une sophronisation proposée sur YouTube, ils ont pensé de suite à la méditation.

Ils n’ont pas ressenti le besoin de creuser plus loin. Il se sont arrêté là parce que leur cerveau a construit sa propre image de ce qu’est la sophrologie. Et cette image, souvent, elle ne correspond pas à la réalité.

Le principe de catégorisation

Mais alors, pourquoi, souvent, on n’a pas le réflexe d’aller voir au-delà de nos premières impressions ?

Imaginons que tu es tranquillement en train de te balader en montagne. C’est le printemps, il fait bon. Tu en profites pour humer tous les parfums du lieu, admirer les contrastes de la lumière dans les feuillages. Tu te sens totalement détendu.e.

Tout à coup, ton oeil perçois quelque chose au loin. Tu ne sais pas encore ce que c’est alors tu analyses: est-ce que ça bouge ? Si oui, est-ce que ça se rapproche ou ça s’éloigne ? Vite ou lentement ? Est-ce que ça ressemble à un humain ? Un animal ? Un véhicule ?

Cas n°1: C’est un animal et il court en longeant le champ sur ta droite. Une biche ! Tu l’observes de loin, heureux.se d’avoir droit à un tel spectacle.

Cas n°2: C’est un animal et il court vers toi à toute vitesse. Un sanglier ! Et gros en plus… Tu sens la panique te gagner et tu essaies de te rappeler ce qu’il faut faire dans ce genre de circonstances…

Dans les deux cas, ton cerveau a procédé par catégorisation, c’est-à-dire qu’il a essayé, à chaque étape, de rapprocher ce que tu voyais de quelque chose qu’il connaissait.

C’est précisément cette logique qui lui permet de prendre des décisions beaucoup plus rapidement que s’il recommençait une analyse de zero à chaque fois qu’une nouveauté se présente.

Le risque, c’est qu’il se trompe d’aiguillage et classe l’objet dans une catégorie qui n’est objectivement pas la sienne.

Catégoriser, c’est aller au plus efficace, pas forcément au plus juste.

Les schémas cognitifs hérités de l’enfance

Depuis tout.e petit.e, tu construis tes propres catégories mentales qui conditionneront la « lecture » que tu fais du monde qui t’entoure.

Et ces catégories, elles sont principalement le fruit de l’environnement dans lequel tu as baigné durant ton enfance et ton adolescence.

L’enfant qui a grandi au sein d’un foyer où on était ouvert sur le sujet des pratiques de bien être aura une catégorie « pratiques de bien être » plus développée que l’enfant qui n’a pas bénéficié d’un tel environnement.

Face à la découverte de la sophrologie, le premier le différenciera de ce qu’il connait déjà et creusera donc naturellement sur le sujet. Le deuxième assimilera facilement la sophro au yoga ou à la méditation, tout simplement parce que ce sont des pratiques très mises en avant dans les médias et sur les réseaux sociaux.

Alors oui, la « structure » de ces catégories peut évoluer dans le temps, en fonction des expériences de vie de chacun. Mais elles sont plus difficiles à modifier qu’à créer, ce qui explique qu’on a parfois des a priori sur certaines choses, même si on sait objectivement qu’il n’y a pas de raison d’en avoir.

La théorie du prototype

1973. Eleanor Rosch, une psychologue américaine, mène des recherches au sein de l’Université de Californie à Berkeley.

Elle demande à 200 étudiants de noter, sur une échelle de 1 à 7, à quel point différents objets sont de « bons exemples » de la catégorie Meubles.

Les résultats sont assez édifiants: chaise et canapé arrivent en tête, téléphone et cuisinière tout en bas.

Extrait de la liste après l’expérience. Le nombre devant indique la position dans le classement.

Elle en déduit que le cerveau hiérarchise les items d’une catégorie autour d’un « meilleur exemplaire ».

Eleanor vient de théoriser le concept de prototype, qui sera par la suite utilisé notamment dans les sciences du langage.

Dans chacune de nos têtes se trouve un ensemble de catégories, avec, pour chaque catégorie, un élément qui est, pour nous, le plus représentatif de cette catégorie. Face à un élément nouveau, le cerveau cherche à rapprocher cet élément d’un des prototypes qu’il connait, pour classer cet élément dans une catégorie.

Par exemple, face à une nouvelle boisson, ton cerveau cherche à voir si ça se rapproche plus du café (prototype des Boissons chaudes) ou de l’eau fraiche (prototype de la catégorie Boissons froides). En fonction, il choisira de classer la boisson dans une ou l’autre des catégories.

Dans le cas de la sophrologie, chez la plupart des gens, le cerveau la rapproche de la méditation ou du yoga parce que ce sont les principaux prototypes de la catégorie Pratiques bien être ou Relaxation chez beaucoup de personnes.

La sophrologie va te surprendre

Tous ces mécanismes expliquent pourquoi, en première séance, certaines personnes sont un peu déboussolée parce qu’elles s’attendaient à faire de la méditation, du yoga, ou juste des exercices de respiration type cohérence cardiaque.

Alors que la sophro, c’est tellement plus que ça !

La confondre avec une pratique méditative ou de respiration douce, c’est pas grave du tout (non, vraiment, y’a pire que ça hein), mais c’est passer à côté de quasiment tous ses supers pouvoirs.

Je détaillerai tout ça dans un prochain article, notamment pour bien comprendre ce qui différencie la sophrologie de l’hypnose, de la méditation, du yoga etc… (donc pense à t’abonner à la newsletter pour le recevoir directement dans ta boite mail).

Des pratiques complémentaires

En sophrologie, bien que le mot d’ordre soit d’adapter la pratique au consultant, on se base sur des protocoles, garants de la progression et du respect du bien être de chacun. Un sophrologue sérieux a un vrai cadre éthique et pratique sur lequel il a été formé et qu’il s’engage à respecter.

Les objectifs (« intentions ») sont clairement définies avec le consultant, de même que les observables qui permettront d’adapter l’objectif si besoin au fil du temps et de la progression.

La sophrologie est une pratique qui couvre énormément de domaines et d’objectifs. Elle peut permettre de la relaxation et la détente, la croissance personnelle, la découverte de soi, et le développement de ses ressources internes. Elle peut aussi permettre de dépasser de nombreuses difficultés de la vie quotidienne.

C’est un ensemble d’outils qui s’intègrent à la vie quotidienne de chacun et qui peuvent créer de belles synergies avec les autres pratiques de relaxation / bien-être ou la psychothérapie.

Essaie !

Lire tout ça dans un article, c’est déjà un super premier pas. Mais le mieux à faire est encore d’essayer la sophrologie et de voir par toit même si la pratique te convient ou pas. Dans tous les cas, tu en retireras quelque chose.

Une première séance de sophrologie, c’est une chouette occasion d’échanger ensemble sur tes besoins, tes attentes, tes objectifs, et ce qu’on peut mettre en place pour les atteindre.

Et puis c’est surtout l’opportunité de tester la sophro avec une pratique courte et très simple, pour voir si c’est fait pour toi.


Je suis Camille, sophrologue et praticienne en hypnose

Je défends l’idée que le système nerveux s’apaise par l’apprentissage et la pratique contre l’idée que la résilience est réservée à quelques individus plus chanceux que les autres.

C’est une compétence qui s’apprend, se renforce et s’entretient.

Je pratique une sophrologie et une hypnose plus engagées, qui cherchent à faire le lien avec les sciences de la perception, la psychologie cognitive et les neurosciences.