Comme beaucoup de monde, je passe du temps sur les réseaux sociaux. Et comme beaucoup de monde, j’ai fini par tomber dans le « rabbit hole » des vidéos qui promettent de réguler ton cortisol en dix jours.
Au début, j’y ai cru moi aussi. A vrai dire, à ce moment-là, je ne m’étais jamais intéressée en détail au rôle que joue le cortisol dans notre organisme. Tout au plus, pour moi « cortisol » était égal à « hormone du stress » et basta!
« Hormone du stress ». Evidemment, ça me faisait plus penser à une hormone à l’origine du stress qu’à une hormone qui le régulait. Et comme un peu partout, on l’accuse de tous les maux (fatigue, ventre et visage gonflés, kilos récalcitrants…), je me suis confortée un moment dans l’idée que le cortisol était réellement un problème.
Des coachings anti-cortisol fleurissaient partout, avec leurs promesses et leurs témoignages enthousiastes. En quelques mois, le cortisol était devenu l’ennemi public numéro un du bien-être.
Et puis j’ai commencé à creuser.
Et ce que j’ai trouvé m’a fait changer complètement de regard sur cette hormone qu’on diabolise autant qu’on la comprend mal.

Pendant la rédaction de cet article, j’ai notamment écouté:
Une hormone vieille de plusieurs millénaires
Le premier truc qui m’a interpellée quand j’ai commencé à réfléchir à la question, c’est que le cortisol officie dans le corps humain depuis des millénaires.
Il fait partie de notre fonctionnement physiologique depuis bien longtemps (bien avant l’invention du selfie ou du scroll infini).
Alors pourquoi les problèmes qu’on lui attribue aujourd’hui n’existaient pas – ou en tout cas pas sous cette forme – il y a 10, 100, 1000 ans ?
Le cortisol a toujours fait son travail
Le cortisol est une hormone à présent bien connue de la recherche.

Il est sécrété par les glandes surrénales, situées juste au dessus des reins, et sa production suit un rythme précis depuis que l’espèce humaine existe.
Le matin, le taux de cortisol augmente fortement pour aider le corps à sortir du sommeil et démarrer la journée. Puis il redescend progressivement au fil des heures, jusqu’à atteindre son niveau le plus bas la nuit.
Ce mécanisme permet en réalité d’adapter le corps à l’effort du moment, et entre en jeu dans d’autres mécanisme, comme par exemple la gestion du taux de sucre dans le sang ou bien la réponse à une situation plus exigeante que d’habitude.
En réalité, sans cortisol, on ne pourrait tout simplement pas fonctionner.
Des coachings construits sur des biais
Alors d’où viennent tous ces récits qui présentent le cortisol comme un poison à éradiquer de nos vies ?
C’est la question qui m’est venue à ce moment-là de mes recherches. J’ai épluché les contenus sur le sujet, ceux qui ont fait le tour des réseaux. Et j’ai remarqué qu’on y retrouve souvent le même argument: des symptômes très courants de la vie quotidienne (fatigue, prise de poids, visage « bouffi »…) attribués sans preuve à un taux de cortisol soi-disant trop élevé.
Je suis comme tout le monde. Je me lève souvent plus fatiguée que je me suis couchée, j’ai parfois le visage un peu gonflé et « mou » et mon poids fait le yoyo au fil du temps.
Et pourtant, là, en scrollant quelques minutes à peine sur une appli, sans avoir fait aucune prise de sang, sans avoir demandé aucun avis médical, je trouve une explication qui semble résoudre tous mes problèmes d’un coup.
J’avoue que ça a un côté rassurant: on se sent moins seul.e, peut-être, avec l’impression d’avoir trouvé le responsable d’un certain mal être.
Mais en creusant un peu, je me suis aperçue que ces contenus reposent sur des infos partielles, quand elles ne sont pas carrément inventées ou invérifiables. Et qu’ils servent parfois de support pour vendre des compléments alimentaires ou des coachings qui peuvent coûter plusieurs milliers d’euros.
Et ça… je suis pas fan.

Ce que la science dit réellement du cortisol
Alors pour démêler ce qui relève du réel et ce qui relève du mythe (voir, du mensonge), j’ai fait ce que j’aime trop faire pour à peu près tout: revenir à ce que dit la recherche.
Le rôle du cortisol dans le corps
On l’a vu plus haut, le cortisol est une hormone produite par les glandes surrénales.
D’après l’Inserm, elle joue un rôle dans la régulation du taux de sucre dans le sang, de la pression artérielle et du système immunitaire, tout en participant activement au rythme veille-sommeil.
En clair, c’est une hormone qui aide le corps à s’adapter à l’environnement. C’est tout.
Ce qui est démontré, ce qui est probable, ce qui reste hypothétique
Ce qui est bien réel
Toujours en s’appuyant sur ce que dit l’Inserm, on sait que le stress chronique et prolongé peut effectivement perturber le rythme naturel du cortisol, ce qui aura des répercussions sur le sommeil et l’énergie au quotidien. Ca, c’est factuel.
Mais attention, c’est bien le stress qui est à l’origine d’un dérèglement du cortisol, pas l’inverse. Et on parle bien d’un stress « chronique et prolongé », pas du ou des pic(s) de stress qu’on peut tous vivre au quotidien et auquel le corps sait parfaitement s’adapter (justement grâce au cortisol, entre autre).
Ce qui est probable
On peut donc raisonnablement penser qu’une meilleure gestion globale du stress et du sommeil favorise un fonctionnement plus stable du cortisol (et, je me répète, pas l’inverse).
D’ailleurs, la recherche n’a, à ma connaissance, pas encore démontré qu’il était possible de réguler de manière isolée le cortisol.
Je ne sais pas ce que contiennent les coachings en « régulation du cortisol » – j’avais vraiment pas la foi d’en payer un juste pour le savoir, sorry not sorry – et je vais peut-être m’avancer un peu, mais:
- Soit ils proposent je ne sais quel artifice pour réguler le cortisol, ce qui ne repose sur aucun fondement scientifique valable
- Soit ils travaillent en réalité sur la qualité du sommeil, de l’alimentation et les facteurs de stress, ce qui serait plus honnête intellectuellement vis à vis de la recherche, mais pas très honnête vis à vis du consommateur.
Chez une personne en bonne santé, il n’y a pas lieu de chercher à réguler le cortisol.
Ce qui relève des croyances
L’idée qu’un pic de stress ordinaire dérègle durablement le cortisol au point de provoquer un gonflement du visage ou une prise de poids marquée est purement et simplement un mythe véhiculé par les réseaux sociaux.
Les véritables dérèglements sévères, comme le syndrome de Cushing par exemple, restent des maladies rares, diagnostiquées par prise de sang et médicalement suivies par des professionnels de santé.
Et ça, ça n’a rien à voir avec la fatigue liée à une semaine chargée.
Ce que ça ne veut pas dire
Alors une fois qu’on sait tout ça, on se dit quoi ?
Déjà, ça ne veut pas dire que ce que toi ou moi vivons au quotidien n’est pas réel. La fatigue, l’irritabilité, les nuits merdiques… Tout ça, c’est réel et ça mérite d’être pris au sérieux.
De même, savoir que le corps sait physiologiquement faire face à un environnement difficile ne doit pas nous amener à minimiser le stress que ça engendre. Non, ce n’est pas normal de se sentir sous pression dans sa vie de tous les jours, ou d’aller travailler avec la boule au ventre. Et ce n’est pas parce que le corps a les moyens de faire face qu’il faut accepter de subir en silence, ou se flageller en se disant à quel point on est faible et nul.le.
Mais tout ça, c’est pas la preuve d’un cortisol détraqué dont il faudrait détoxifier l’organisme à coup de coachings ou de cures miracles.
D’ailleurs, en toute honnêteté, le stress étant « le mal du siècle », s’il existait vraiment une méthode universelle pour réguler le cortisol de tout le monde en quelques jours, ça se saurait.
La recherche sur le stress chronique existe depuis maintenant des décennies et aucune étude sérieuse n’a jamais validé ces solutions express vendues sur les réseaux.

Concrètement, qu’est-ce que ça change ?
Plutôt que de chercher à traquer un chiffre ou à combattre une hormone, il est plus utile de prendre soin de ton système nerveux dans son ensemble.
Ca passe par des choses simples et accessibles: un sommeil suffisant et régulier, des moments de récupération dans la journée, une activité physique qui te fait du bien plutôt qu’elle t’épuise, et des outils pour apaiser les tensions quand elles montent.
Je ne peux m’empêcher de te partager un extrait de l’excellent article de l’Inserm, Faut-il vraiment réguler son cortisol?, dont je me suis servie pour une partie de mes recherches:
Selon une synthèse de la littérature publiée en 2024 dans Psychoneuroendocrinology Journal, des mesures isolées de cortisol ne permettent pas de diagnostiquer un dérèglement lié au stress psychologique car les concentrations varient naturellement selon l’heure de la journée, le sommeil, l’alimentation ou l’activité physique.
Toutefois sans mesurer son cortisol à chaque heure de la journée, on peut, grâce à l’activité physique régulière, un sommeil suffisant ou des techniques de relaxation, non pas réguler cette hormone, mais améliorer son bien-être général.
Et c’est là où je fais le lien avec ma pratique de la sophrologie, parce que c’est précisément là qu’elle devient intéressante. Pas pour réguler ton cortisol comme on le lirait sur un énième post sponsorisé, mais parce qu’elle permet d’apprendre au système nerveux à revenir plus facilement au calme, et que finalement, c’est ça qui permet au cortisol de jouer son rôle dans les meilleures conditions possibles.
Le cortisol n’est pas ton ennemi. C’est une hormone essentielle qui fait exactement ce pour quoi elle est programmée depuis des millénaires. Le vrai sujet, ce n’est pas de la faire taire, mais d’apprendre à apaiser un système nerveux mis à rude épreuve par le rythme de vie actuel.
Quelques ressources pour aller plus loin
Institut du Cerveau, fiche Qu’est-ce que le cortisol – institutducerveau.org




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