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Enfant atypique et sophrologie : récit d’une séance

Comment une séance de sophrologie avec un enfant atypique a transformé ma pratique et pourquoi la rigidité n’est pas un obstacle, mais une boussole.

Enfant atypique et sophrologie: découvrez comment la sophro peut aider l'enfant et l'adolescent neuroatypique à mieux gérer les crises de colère

L’appel d’une maman épuisée

Je me rappelle très bien du premier contact… Ce jour-là, je suis sur le chantier de mon chalet, en train de poser du placo. Le téléphone sonne. De suite, je sens. Une voix fatiguée, un peu tendue. La maman de L. m’explique la situation : son fils de 10 ans fait des crises de colère intenses, difficiles à gérer, qui mettent en péril l’équilibre de toute la famille.

L. avait pris l’habitude de passer par la colère pour exprimer n’importe quelle difficulté, frustration ou peur. Il était devenu, selon les mots de sa maman, « un petit tyran familial ». Tout tournait autour de lui. Ses parents marchaient sur des œufs, pour éviter à tout prix de le frustrer de peur de déclencher une nouvelle crise.

C’est pas un cas isolé. Cette histoire, je l’entends régulièrement. Des parents qui ne savent plus comment faire. Qui ont l’impression d’avoir tout essayé. Qui culpabilisent de ne pas « y arriver ».

Ce qu’ils ne savent pas, souvent, c’est que le problème n’est ni eux, ni leur enfant. C’est simplement l’absence d’outils adaptés à un système nerveux qui fonctionne différemment.


Enfant atypique ou non: 10 ans, l’âge de toutes les turbulences

Avant que je te raconte la suite, on va s’arrêter un instant sur ce qui se passe à cet âge.

10 ans, c’est une période souvent délicate. Qu’on soit face à un enfant atypique ou pas, d’ailleurs. Pas tout à fait dans l’adolescence, mais plus tout à fait dans l’enfance non plus. L’enfant oscille constamment entre un besoin d’indépendance et d’autonomie, et un besoin de réassurance et de cadre.

Et puis dans le corps, il se passe plein de choses : des bouleversements hormonaux, une grosse restructuration cognitive. Résultat ? Des émotions très fortes que l’enfant ne sait pas toujours gérer.

Ajoute à ça un fonctionnement neuroatypique, même sans diagnostic posé, et tu obtiens un cocktail explosif pour toute la famille (enfant compris).


Ce que L., enfant atypique, m’a révélé sans un mot

J’ai reçu L. au cabinet. Le cabinet a un énorme avantage : c’est un lieu neutre. Je peux plus facilement faire accepter à l’enfant que c’est une bulle de sécurité, un espace d’apprentissage. Ici, on est chez moi, donc c’est mon fonctionnement qui s’applique.

Dès le départ, on a évoqué les difficultés de L. avec lui et sa maman. En apparence, le problème, c’était les crises de colère. On aurait pu supposer que le gros du travail consistait à travailler sur la gestion des émotions.

Mais si tu m’as déjà vue en séance, tu sais que je ne m’arrête jamais à une première impression. Et en creusant un peu, d’autres choses intéressantes sont apparues.

J’en parle d’ailleurs dans mon article Ado en colère: comprendre le paradoxe qui épuise les parents

L. avait du mal avec le changement. Dès qu’un changement intervenait dans sa vie, il le vivait extrêmement mal. D’ailleurs, le début des crises coïncidait avec des changements importants survenus à l’école.

L. parlait peu et fuyait le regard. Il a aussi démontré des intérêts très spécifiques et une difficulté à se concentrer sur ses devoirs, avec un besoin important de changer fréquemment d’activités, y compris pendant les temps de jeu ou de loisirs.

Bien entendu, que je sois face à un enfant atypique ou non, ma première question, c’est toujours de demander si un autre pro a été consulté. Ici, il n’y avait pas de diagnostic particulier posé; les parents ne le souhaitaient pas. Mais tous ces signes me parlaient, me racontaient une histoire -son histoire- sans besoin de coller une étiquette dessus.


La grosse difficulté avec les enfants atypiques

C’est lui qui dicte le rythme…

Évidemment, démarrer la sophrologie était compliqué à envisager pour L. Il avait du mal à se projeter vers une amélioration. C’était un changement dans ses habitudes. Il devait se lancer dans quelque chose qu’il ne connaissait pas.

Bon, ça, c’est fréquent avec les enfants atypiques comme avec ceux qui ne le sont pas. Plus ils sont jeunes, plus c’est difficile pour eux de se projeter, d’imaginer l’avenir.

Travailler en sophrologie avec des enfants, c’est toujours challengeant. Parce qu’ils ont souvent du mal à se projeter et qu’ils ne comprennent pas toujours la finalité du travail qu’on fait. Et puis, il faut s’adapter à leurs possibilités de concentration du jour, à leurs possibilités physiques, à leurs envies aussi.

Les enfants ne trichent pas, ne mentent pas. Si ta séance ne leur convient pas et qu’ils s’ennuient, ils te le font vite savoir.

Je dirais que dans 80% des cas, ta séance réelle ne correspond pas à celle que tu avais prévue. Enfant atypique ou pas, hein, c’est tout pareil. Tu dois constamment t’adapter, savoir saisir les perches que te tend l’enfant. Finalement, en tant que sophrologue, je suis là pour proposer des choses, et l’enfant va trouver ses propres solutions petit à petit. C’est lui qui dicte le rythme de la progression et de la séance.

… et moi j’adapte et je donne le cadre

Et c’est exactement ce qu’il s’est passé avec L.

Au départ, j’avais mon petit planning de séances, ma petite progression toute propre. Mais dès la première séance, j’ai eu un moment de doute. Ce que j’appliquais habituellement aux enfants de son âge ne fonctionnait pas.

L. bâillait quand les exercices dépassaient 2 minutes. Je le perdais complètement lors des exercices de visualisation, même courts. Les exercices reposant uniquement sur la respiration et l’imagerie mentale, c’était trop abstraits pour lui. Bref, en un mot comme en cent: il s’ennuyait royalement, ne comprenait absolument pas l’intérêt de passer 20 minutes enfermé avec moi et j’allais devoir faire quelques efforts supplémentaires pour le convaincre du bien fondé de ce qu’on était en train de faire, merci au revoir.

J’aurais pu m’entêter. Forcer. Suivre mon programme coûte que coûte.

Mais ce n’est pas ma vision de la sophrologie.


Le déclic : suivre le flow plutôt que lutter

Un des principes de base de la sophrologie, c’est d’accepter ce qui est. Ne pas chercher à lutter. Suivre le flow. Regarder et « lire » ce qui émerge.

C’est ce que j’ai fait pour moi. Et comme tout est lié, en faisant ça, la situation s’est aussi apaisée pour L.

J’ai laissé tomber mon planning. Vraiment. J’ai posé ma petite fiche sur le bureau. Je me suis assise à côté de L., par terre. Et j’ai attendu que quelque chose émerge.

L. m’a tendu une perche phénoménale. De lui-même, il a évoqué une situation qui le mettait en colère. Alors au lieu de travailler sur l’anxiété comme prévu, on est partis là-dessus.

Je lui ai montré des exercices pour aller « exploser la colère » quand elle se présentait.

Et là, quelque chose a changé. L. était plus souriant, ouvert et apaisé après la séance qu’avant.


Mon truc avec les enfants atypiques (ou pas): le « Labo d’exploration des super pouvoirs »

À partir de ce moment, j’ai pris la décision de changer ma façon de lui présenter les exercices.

Désormais, quand L. vient en séance, il vient au « Labo d’exploration des super pouvoirs ».
Comme ses petits camarades plus jeunes.

Le principe est simple :

Parce qu’un enfant sait très bien ce qui lui convient. Et si on lui donne la possibilité de choisir ses exercices, alors on a déjà capté son approbation pour continuer. Et ça, ça change absolument tout.


L’exercice qui a tout changé : la respiration en carré

Parmi tous les exercices testés, celui qui a particulièrement bien fonctionné pour L., c’est la respiration en carré.

On respire en 4 temps :

Et on recommence le cycle.

Pourquoi ça marche ?

Ça permet de revenir au corps. D’éteindre l’incendie de l’émotion. On sort de la réaction pour prendre du recul. Revenir au corps permet de sortir du mental et de l’émotionnel.

Pour un enfant avec un besoin de structure et de prévisibilité, le côté « carré » de l’exercice, avec ses 4 temps égaux, est particulièrement rassurant. Et puis, il sent son corps réagir. C’est physique: au début la cage thoracique est bloquée et puis la respiration descend dans le ventre progressivement. L’enfant reprend le contrôle physiquement et émotionnellement.


Enfant atypique: des repères pour se sentir en sécurité

Avec L., comme avec les autres enfants que je reçois, j’ai mis en place tout un système de repères pour respecter son besoin de structure :

Avant la séance :

Pendant la séance :

Après chaque exercice :

À la fin de la séance :

Je prends le temps de poser 4 questions à l’enfant:

Tout ça, ce sont des repères efficaces pour l’enfant. Ça l’aide à se situer dans la séance et dans son travail.


Le coup de fil qui a tout validé

Quelques jours après cette première séance, le téléphone sonne à nouveau. C’est la maman de L.

Elle me raconte : L. a commencé une crise de colère face à un « non » de ses parents. Sa maman l’a invité à faire ses exercices. La colère est passée. Ils ont discuté calmement de la limite et de pourquoi elle s’imposait. Le loulou a compris et a retrouvé sa bonne humeur.

En quelques jours seulement.

Ce n’est pas de la magie. C’est simplement le bon outil, adapté au bon enfant, proposé au bon moment.


Enfant atypique et sophrologie: ce que L. m’a confirmé

Cette expérience avec L. m’a confirmé ce que je pense profondément : la sophrologie est une pratique complètement adaptée aux problématiques rencontrées par les enfants neuroatypiques.

Elle n’est pas là pour « corriger » le fonctionnement de ces enfants.

Elle est là pour :

Après tout, la neuroatypicité est juste un fonctionnement différent. Pas forcément une pathologie en tant que telle.

Un enfant qui a besoin de structure ? La sophrologie peut lui offrir des repères.
Un enfant qui a du mal avec l’abstraction ? On adapte les exercices pour les rendre concrets et corporels.
Un enfant qui se disperse ? On raccourcit les exercices et on varie les supports.

La sophrologie, par essence, s’adapte à la personne. Jamais l’inverse.


Mon message aux parents qui se reconnaissent

Si tu lis cet article et que tu te reconnais dans la situation de la maman de L., je veux te dire quelque chose d’important :

Une difficulté n’est jamais une fatalité.
Y compris avec les enfants à besoins spécifiques.
Et tu n’es pas seule.

La sophrologie ne remplace pas un suivi médical. Elle ne peut pas non plus changer le fonctionnement de l’enfant.

Mais elle peut :

Et surtout, elle peut te redonner espoir. Parce que voir son enfant retrouver le sourire après une crise évitée, c’est peut-être le plus beau cadeau qu’on puisse faire à une famille.


Tu souhaites en savoir plus ?

Si tu es parent d’un enfant hypersensible, TDAH, sur le spectre de l’autisme ou simplement « différent », et que tu cherches des solutions concrètes pour l’aider à gérer ses émotions, je serais ravie d’échanger avec toi.


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