Ce jour-là, je m’en souviens encore. J’étais debout dans ma salle de bain, maman épuisée après une journée qui ressemblait à toutes les autres. Et j’ai prononcé cette phrase, presque automatiquement : « Pardon, je vais juste prendre une douche rapide. »

Pardon. À qui ? Pour quoi ? Pour avoir osé vouloir me laver ?
Sur le moment, je n’ai pas vraiment fait attention. Mais plus tard, cette phrase m’est revenue en pleine poire comme un boomerang. C’était pas le fait que j’ai pas pris de douche depuis 48h le problème. Ni la fatigue. C’était pas les journées qui se suivent et qui se ressemblent toutes. Ou l’absence de contact avec des humains de plus de 3 mois.
C’était que je m’excusais d’exister en dehors de mon rôle de mère.
Comment j’en suis arrivée à être une maman épuisée
Comme beaucoup de mamans, je n’ai pas vu l’épuisement maternel arriver. Il s’est installé doucement, un petit renoncement après l’autre. Comme une marée qui monte sans qu’on s’en aperçoive.
D’abord, j’ai arrêté de prendre soin de moi. « J’ai pas le temps. »
Ensuite, j’ai mis mes envies de côté. « C’est pas le moment. »
Puis j’ai cessé de voir mes amies. « Les enfants ont besoin de moi. »
Et un jour, je me suis rendue compte que je ne savais même plus ce que j’aimais faire. Ou ce que je voulais. Ce qui me nourrissait. Ce qui me rendait joyeuse.
Qui j’étais.
Je vivais en pilote automatique. Lever, petit-déjeuner, crèche, travail, récupérer les enfants, bain, dîner, coucher. Et recommencer le lendemain. Une course sans fin où je n’avais plus de place.
Je croyais bien faire. Je pensais être une bonne mère en donnant tout, tout le temps, sans jamais rien faire juste pour moi. On m’avait tellement répété qu’être maman, c’était se sacrifier. Que les enfants passaient avant tout. Que mes besoins pouvaient attendre.
Sauf que donner sans jamais remplir sa jauge, ça vide. Et un jour, on se retrouve complètement à sec. Le corps dit stop avant la tête. Les larmes qui montent pour un rien. L’irritabilité constante. Cette impression de ne plus rien ressentir, d’être déconnectée de tout, même de ceux qu’on aime le plus.
Le mythe de la mère parfaite
Pendant des années, j’ai couru après une image qui n’existait pas. Cette maman souriante, patiente, disponible 24 heures sur 24. Celle qui ne crie jamais, qui cuisine des repas équilibrés tous les soirs, qui fait des activités créatives le mercredi et qui, en plus, réussit à garder sa maison rangée. Qui accompagne son enfant dans son apprentissage des émotions, en mettant complètement de côté les siennes.
Les réseaux sociaux n’arrangeaient rien. Ces photos de familles parfaites, ces maisons immaculées, ces enfants sages et souriants. Je scrollais le soir, complètement HS sur mon canapé, en me demandant pourquoi ma vie ne ressemblait pas à ça.
Je me comparais sans cesse aux autres mères. Celles qui semblaient tout gérer sans effort. Celles qui avaient encore le temps de se maquiller le matin. Celles dont les enfants ne faisaient jamais de crise. Dont les petits faisaient des nuits de 8h, quand les miens dormaient péniblement 4h d’affilée. Je me demandais ce qui n’allait pas chez moi. Pourquoi je n’y arrivais pas alors qu’elles, apparemment, y arrivaient.
Ce que j’ai compris plus tard, c’est que personne n’y arrive vraiment. Pas comme ça. Pas en s’effaçant complètement. Et celles qui donnent l’impression de tout maîtriser portent souvent, elles aussi, leur lot de fatigue et de doutes. On ne montre que ce qu’on veut montrer. Derrière les sourires, il y a des nuits sans sommeil, des crises de larmes dans la salle de bain, et le yaourt qu’on mange debout en guise de repas parce qu’on n’a plus la force de rien.
La culpabilité, la compagne envahissante de la maman épuisée
Le pire dans tout ça, c’est la culpabilité. Cette petite voix qui ne nous lâche jamais.
Culpabilité de m’énerver quand je suis à bout. De vouloir cinq minutes de tranquillité. Culpabilité de manger un carré de chocolat en cachette dans la cuisine pendant que les enfants regardent un dessin animé.
Culpabilité de ne pas être assez. Pas assez patiente. Assez présente. Parfaite.
Je passais mes journées à courir partout, à tout donner, et je me couchais le soir en me demandant si j’en avais fait assez. La réponse était toujours la même : non. Jamais assez.
Cette culpabilité me rongeait. Elle me faisait douter de tout. Elle me faisait croire que prendre du temps pour moi, c’était voler du temps à mes enfants.
Le déclic qui a tout changé
Un ami proche est décédé. Il avait 40 ans. Une vie fauchée en plein vol, sans prévenir. Pas de maladie, pas de signe avant-coureur. Juste parti. Comme ça.
Cette perte m’a secouée violemment. Elle m’a obligée à regarder ma propre vie en face. À réaliser que le temps file et qu’on ne le rattrape pas. Que demain n’est promis à personne.
Et surtout, elle m’a poussée à me poser une question douloureuse : si je mourais demain, est-ce que je souhaiterais à mes enfants de vivre la vie que j’ai vécue ?
La réponse était non.
Non, je ne voulais pas qu’ils apprennent qu’aimer, c’est s’oublier. Je ne voulais pas leur transmettre l’idée qu’une bonne mère doit s’effacer pour exister. Et je ne voulais pas qu’ils grandissent en pensant que prendre soin de soi est égoïste.
Qu’est-ce que je leur montrais, au fond ? Qu’une femme n’a pas le droit de penser à elle. Qu’elle doit se sacrifier pour mériter l’amour. Qu’elle n’existe qu’à travers les autres.
Ce n’était pas ça que je voulais transmettre à mes enfants. Je voulais leur montrer qu’on peut être mère ET femme. Qu’on peut aimer ses enfants ET s’aimer soi-même. Que ce n’est pas l’un ou l’autre. Et que la meilleure façon de leur apprendre à se respecter, c’est de me respecter moi-même.
Maman épuisée: apprendre à se redonner une vraie place
Ça n’a pas été facile. Après des années à m’oublier, je ne savais même plus ce qui me faisait plaisir. Quand quelqu’un me demandait ce que j’aimais faire, je restais muette. Je n’avais plus de réponse.
J’ai commencé petit. Vraiment petit. Cinq minutes le matin avec mon thé, sans culpabiliser. Un bain de temps en temps. 10-15 minutes de yoga dans la journée. Et comble du luxe: une promenade en montagne l’après-midi.
Ce n’était pas grand-chose. Mais c’était déjà énorme.
Au début, la culpabilité criait fort. Elle me disait que j’abandonnais mes enfants, que j’étais égoïste, que je n’avais pas le droit. Elle me soufflait que les « vraies » bonnes mères ne pensent pas à elles.
J’ai appris à ne plus l’écouter. À la reconnaître quand elle arrive. À lui dire : « Je t’entends, mais je ne suis pas d’accord. »
J’ai compris que prendre soin de moi, ce n’était pas leur enlever quelque chose. Au contraire. Quand je vais mieux, je suis une meilleure mère. Plus patiente. Présente. Sereine. Moins à cran, moins irritable, moins au bord des larmes.
Mes enfants ont besoin d’une maman qui va bien. Pas d’une maman qui se sacrifie en permanence et qui finit par exploser.
Ce que j’aurais aimé qu’on me dise plus tôt
Si tu te reconnais dans ces mots, voici ce que j’aurais aimé entendre quand j’étais au fond du trou :
Tu n’es pas une mauvaise mère parce que tu es fatiguée. Ce n’est pas égoïste d’avoir besoin de souffler. Tu n’as pas à t’excuser d’exister.
Cette charge mentale que tu portes, elle est réelle. Ce n’est pas de l’exagération, ce n’est pas de la faiblesse. C’est le poids de mille petites choses invisibles que personne ne voit mais que toi, tu portes tous les jours.
Être maman, ce n’est pas disparaître. C’est exister assez fort pour montrer l’exemple. C’est apprendre à tes enfants qu’ils ont le droit de prendre soin d’eux, en prenant soin de toi d’abord.
La perfection n’existe pas. Et cette maman parfaite que tu essaies d’être, elle ne rendra personne heureux. Ni toi, ni tes enfants. Ils préfèrent mille fois une maman imparfaite mais présente, plutôt qu’une maman épuisée qui court après un idéal impossible.
Ce dont ils ont besoin, ce n’est pas d’une mère parfaite. C’est d’une mère qui s’aime assez pour leur montrer que eux aussi ont le droit de s’aimer.
Maman épuisée: et aujourd’hui ?
Je ne vais pas te mentir. Je ne suis pas devenue une version zen et épanouie de moi-même du jour au lendemain. Il m’arrive encore de me sentir débordée. De culpabiliser. Ou bien de crier sur mes enfants alors que je m’étais promis de rester calme.
Mais la différence, c’est que maintenant, je sais que j’ai le droit d’exister. Ce droit, je me le donne. Prendre du temps pour moi n’est pas un luxe, c’est une nécessité. Je sais que je ne suis pas une mauvaise mère quand je mets les enfants devant un dessin animé pour avoir cinq minutes de silence.
Je me suis remise dans l’équation. Pas à la place de mes enfants. À côté d’eux. Parce qu’on peut tous exister en même temps.
Et surtout, je ne m’excuse plus d’aller prendre une douche.
Si tu t’es reconnue dans ces mots, sache que tu n’es pas seule. Des milliers de mamans vivent la même chose, portent la même fatigue, la même culpabilité. On ne t’apprend nulle part à prendre soin de toi quand tu deviens mère. Mais ça s’apprend. Un pas après l’autre.
C’est entre autre la sophrologie qui m’a permis de dépasser tout ça. En me reconnectant à l’instant présent, en m’apprenant la lenteur, le fait d’être pleinement présente à ce que je suis en train de faire.


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