Connais-tu les 4 accords toltèques ? Ces règles de fonctionnement qui nous aident à nous libérer de nos croyances limitantes ?
Effectivement, grâce à cette philosophie de vie, tu adoptes des habitudes qui te permettent de trouver une forme de paix intérieure et de liberté.
Si tu es comme moi, tu t’es peut-être déjà dit: « Purée, j’aurais tellement aimé apprendre à fonctionner comme ça dès l’enfance… »
C’est vrai qu’il est toujours plus simple de créer des habitudes saines dès le début plutôt que de devoir apprendre sur le tard à fonctionner autrement.
Mais alors, est-ce que tu as déjà entrepris d’expliquer les accords toltèques à tes enfants ? Si oui, tu vois certainement où je veux en venir: c’est compliqué.
En effet, les accords toltèques ont été pensés pour être utilisés par des adultes dans le cadre du développement personnel, mais pas forcément par des enfants de 8 ans… Habituellement, la façon dont on aborde les accords toltèques repose essentiellement sur le mental. Or, le cerveau des enfants ne fonctionne pas comme ça: il passe préférentiellement par le corps, le vécu, la répétition…
En tant que sophrologue et neuropraticienne, je travaille quotidiennement sur ces mécanismes en séance.
Dans cet article, tu vas découvrir comment traduire chaque accord pour qu’il soit actionnable par ton enfant, et comment la sophrologie permet de les ancrer autrement que par les mots seuls.

Les accords toltèques pour les enfants: une sagesse qui demande une traduction
C’est quoi, les 4 accords toltèques ?
Miguel Ruiz est un médecin et chamane mexicain, qui a publié Les Quatre Accords Toltèques en 1997.
Le livre s’est vendu à plus de 50 millions d’exemplaires dans le monde. Il reste l’un des ouvrages de développement personnel les plus lus de tous les temps.
Il propose 4 engagements simples envers soi-même:
- être irréprochable avec ses paroles
- ne pas prendre les choses personnellement
- ne pas faire de suppositions
- faire toujours de son mieux
L’objectif : se libérer des croyances héritées qui nous font souffrir inutilement.
Ces 4 accords toltèques parlent à beaucoup d’entre nous, peut-être parce qu’ils mettent des mots sur des difficultés dans lesquelles on est nombreux.ses à se reconnaitre.
Pourquoi ils parlent à tout le monde ?
Qui n’a jamais dit du mal de quelqu’un dans le but de « se faire mousser » auprès d’un.e ami.e ? Ou qui ne s’est pas cloitré dans le mutisme et la bouderie face à la parole de quelqu’un d’autre ? Qui ne s’est jamais retrouvé.e à ressasser une discussion en prêtant à l’interlocuteur des intentions qu’il n’avait peut-être pas ? Et qui ne s’est jamais dit « J’aurais pu mieux faire » ?
Mais, partager les accords toltèques avec ses enfants, c’est compliqué. Un enfant n’a pas le cortex préfrontal (la zone du cerveau qui gère le raisonnement et la régulation) suffisamment mature pour décider de changer une croyance.
Autrement dit: dire à son enfant « faut pas le prendre personnellement » n’a que peu d’impact. Son amygdale a traité la situation comme une menace, bien avant que ton message rationnel n’atteigne son cerveau. À cet instant, son corps est déjà en état d’alerte : le raisonnement logique est rendu impossible.
Ce que tu dois faire, c’est donc trouver une autre façon de t’adresser au cerveau de ton enfant. Une manière qui lui est accessible: en passant par le corps, par des images, par des expériences répétées.
Et ça, c’est exactement ce que permet la sophrologie.
Accord par accord, voici comment ça se traduit concrètement.
1er des accords toltèques: Que ta parole soit impeccable
Ce que dit l’accord: cultivons un discours bienveillant, envers les autres comme envers soi-même.
L’impact des mots sur le cerveau de ton enfant
Je me rappelle d’une fois où mon fils, alors âgé de 3 ans, est entré dans une boutique en disant à une cliente « Bonjour grosse madame ! ». Bon, il confondait « grande » et « grosse », mais quand même…
Je rigole toute seule en écrivant ça, mais sur le coup, tu imagines bien que ça ne m’a pas du tout fait marrer. Chez nous, on fait très attention à cultiver des discours qui interdisent la critique gratuite et qui prônent plutôt la compréhension de chacun. Mais bon, entre nous, qui n’a pas vécu ce genre de moment bien gênant avec son enfant ?
Le cerveau de nos loulous n’a pas encore de filtre critique: il absorbe tout ce qu’il entend (et tout ce qu’il se dit à lui-même) comme une vérité.
Les mots que l’on dit à nos enfants s’inscrivent durablement en eux et deviennent par la suite une partie des croyances qu’ils auront envers eux-mêmes. « Je suis nul. », « Je suis trop sensible. », « Je suis pas assez courageuse. »… Tout ça, ce sont bien souvent des discours entendus (ou perçus) dans l’enfance et intégrés comme étant LA vérité.
Et à chaque fois que l’enfant se répète ce genre de discours, ses pensées se renforcent un peu plus.
La solution: ancrer la parole grâce à la sophrologie
Pour l’enfant
Tu peux habituer ton enfants à questionner les discours qu’il se tient à lui-même. Pose lui simplement la question suivante: « Si un ami te disait ça, comment tu te sentirais ? » Si la réponse est « pas bien », alors tu peux le faire réfléchir sur la raison pour laquelle il se dit ça et s’il pense objectivement que sa pensée est absolument toujours vraie.
Pour le parent
De ton côté, tu peux développer tes compétences en Communication Non Violente (CNV) pour parler à ton enfant en ressentis / besoins, plutôt qu’en phrases qui peuvent être perçues comme des jugements ou des critiques.
La structure de base de la CNV, c’est: constat + ressentis + besoin + demande factuelle.
Par exemple, au lieu de dire: » Qu’est-ce que tu es bruyant ! J’en peux plus. » qui pourra être perçu comme « Je suis « trop ».
Tu peux dire: » Tu joues juste à côté de moi et je vois que tu t’amuses bien. Simplement, je me sens fatiguée par ma journée de travail. J’ai besoin de calme. Est-ce que tu peux faire une activité calme comme lire un livre si tu restes ici, ou aller jouer dans ta chambre s’il te plait ? »
La pratique sophro
Créer, avec ton enfant, une phrase ressource comme par exemple: « Je suis aimé par les autres. »
La faire répéter lentement à ton enfant, en le faisant respirer profondément.
Lui faire remarquer comme il se sent calme dans son corps.
Tu peux aussi y associer un geste (ex: toucher son pouce avec son majeur).
→ C’est ce qui s’appelle un ancrage et ça permet au cerveau d’associer le geste et le ressenti corporel. Il suffira ensuite à ton enfant de faire le geste au moment où il en a besoin pour activer l’état de calme et la croyance facilitante par le biais du corps.
2ème des accords toltèques: N’en fais pas une affaire personnelle
Ce que dit l’accord: prenons de la distance avec ce que nous entendons.
Pourquoi les enfants prennent tout personnellement
Jusqu’à un certain âge, l’enfant est câblé pour se croire au centre de tout.
De ce fait, si son parent est fatigué par exemple, il aura tendance à se dire que c’est sa faute à lui.
Chez les enfants hypersensibles et qui ont un TDAH, cette tendance est même amplifiée et le moindre regard ou changement de ton déclenche une alerte dans son cerveau.
Plus il prendra pour lui des événements / ressentis, plus le système nerveux de l’enfant sera en état d’alerte quasi permanent (hypervigilance). Il a, d’une manière générale, un grand besoin de validation et, ça risque de te surprendre, c’est souvent à travers les crises disproportionnées en apparence qu’il te le fait savoir.
La solution: créer une bulle pour apprendre à se décentrer
Pour l’enfant
La question clé à lui poser (en adaptant à son âge, mais tu seras surpris.e de voir à quel point ils sont capables très tôt de comprendre cette question): « Est-ce que tu crois que c’est contre toi / que je suis méchant.e avec toi / que je ne t’aime pas ou bien est-ce que tu penses que c’est contre toi / que je suis méchant.e / que je ne t’aime pas ? »
Pour le parent
Face à l’enfant en crise, discuter ne sert souvent pas à grand chose: comme je te l’expliquais plus haut, le cerveau de ton enfant n’est pas sensible à la pensée rationnelle à ce moment-là.
Ce que je te conseille, c’est de jouer sur les neurones miroirs. Le principe est simple: le corps de ton enfant en crise imite ce que ton propre corps fait. Plus il monte en crise, plus tu es calme. Plus tu es calme, plus l’enfant va inconsciemment copier ce comportement et redescendre naturellement. L’enfant se régule alors par contagion.
Alors on prend soi-même du recul, on respire profondément, et tout va bien se passer !
La pratique sophro
Je te propose un exercice de visualisation à faire avec ton enfant: la bulle de protection. C’est un exercice à lui proposer en dehors des moments de crise, pour un retour au calme plus efficace.
Les yeux fermés, il inspire lentement par le nez et expire doucement par la bouche.
Il imagine ensuite une grande bulle qui se forme autour de lui et qui l’enveloppe complètement.
Cette bulle, c’est une bulle de tranquillité, de sécurité. Il peut y rester aussi longtemps que nécessaire.
Plus il inspire et expire, plus la bulle se renforce.
Quand il décide d’arrêter le jeu, la bulle continue d’exister et de le protéger. Et il peut y revenir à tout moment quand il en ressent le besoin, juste en revenant à sa respiration.
→ Cet exercice, très efficace avec les 6-12 ans, donne une image concrète et mémorisable que l’enfant peut activer seul.
3ème des accords toltèques: Ne fais pas de supposition
Ce que dit l’accord: favorisons la clarté, avec nous-même et dans nos échanges avec les autres.
Le cerveau adore combler les vides
Le cerveau est littéralement une machine à prédire: il déteste le vide et le comble avec ce qu’il connait. Et il choisit souvent les pires scénarios pour remplir les vides laissés par la vie.
Chez l’enfant en général, et particulièrement chez l’enfant anxieux ou HPI, il y a une tendance à la sur-analyse permanente des situations sociales, une tendance aussi à anticiper (bonjour les scénarios catastrophes…) et à se retrouver en crise pour des événements qui n’ont pas encore eu lieu.
Tu as peut-être déjà vécu ce genre de situation: sur le chemin de l’école, ton enfant est déjà en train de te dire que sa copine ne voudra pas jouer avec elle et tu te retrouves à devoir l’apaiser alors que la situation n’existe même pas encore.
La solution: revenir au réel grâce au corps
Pour l’enfant
Tu peux lui apprendre à distinguer un fait d’une interprétation tout simplement en lui faisant faire deux colonnes sur une feuille: « ce que j’ai vu / entendu » et « ce que j’en ai pensé ».
Pour le parent
La phrase clé à utiliser: « Je comprends que tu te sentes [angoissé, triste, apeuré…]. On regarde ensemble ce qu’il s’est passé factuellement ? »
Cette simple remise en perspective habitue ton enfant à distinguer les faits de ses pensées. Plus il prendra l’habitude de revenir aux faits, moins son cerveau ressentira le besoin d’inventer pour combler des vides.
La pratique sophro
Quand le cerveau panique parce qu’il y a une zone d’incertitude, le stress monte et le corps se tend.
La cohérence cardiaque agit comme un interrupteur qui permet de diminuer le niveau de stress de l’organisme: il suffit d’inspirer 6 secondes par le nez et d’expirer 6 secondes par la bouche, et de répéter ce cycle 6 fois.
4ème des accords toltèques: Fais toujours de ton mieux
Ce que dit l’accord: faisons de notre mieux… tout en respectant nos limites et celles des autres.
Quand « faire de son mieux » devient source de souffrance
Chez certains enfants, « faire de son mieux » se transforme en « faire parfaitement ». A ce moment-là, tout ce qui n’est pas « parfait » est vécu comme un échec.
Et avec l’échec, c’est la culpabilité et la honte toxiques qui s’invitent et qui font le terreau fertile de l’angoisse et du stress.
Pourtant, pour les enfants, comme pour les adultes, le « mieux » dont on est capable varie en fonction de l’état du système nerveux, de l’environnement, de l’état de santé, de la fatigue… etc
Trouver l’équilibre entre « donner le maximum » et « respecter ses limites » est un exercice compliqué.
La solution: adapter les attentes à l’état à l’instant T
Pour l’enfant
Je ne sais pas si tu as déjà entendu parler de the spoon theory (la théorie des cuillères) de Christine Miserandino.
C’est une métaphore sur la gestion de l’énergie qui est assez connues dans la communauté TDAH.
Imagine que tu commences chaque journée avec un certain nombre de cuillères.
Chaque action de la journée (se lever, s’habiller, aller à l’école, interagir avec les autres…) en coûte une ou plusieurs.
Quand tu n’as plus de cuillères, tu n’as plus d’énergie.
Un adulte neurotypique se « recharge » en cuillères facilement alors qu’une personne avec une maladie chronique, un handicap, un fonctionnement neuroatypique (ou un enfant, tout simplement), partent souvent avec moins de cuillères et en dépensent plus pour une même tâche.
Alors là, je te raconte ça avec des cuillères, mais tu peux tout à fait l’expliquer avec ton enfant avec un simple verre d’eau: tu démarres la journée avec un verre plein. Chaque fois que tu fais une tâche, le verre se vide un peu. Quand il te reste peu d’eau, tu fais avec ce que tu as et c’est ok. Tu ne vas pas inventer de l’eau que tu n’as pas.
Pour le parent
La phrase clé à utiliser: « Comment tu te sens par rapport à ce que tu as fais ? »
Elle invite l’enfant à se connecter à ses propres ressentis et surtout, elle ouvre le dialogue et te permet de réagir pour rappeler à ton enfant, si besoin, qu’il fait de son mieux… et que c’est suffisant.
La pratique sophro
Avant une tâche difficile (devoirs, activité sportive, interaction sociale…), poser une main sur le coeur et se demander « Entre 1 et 10, je donne quelle note à mon niveau d’énergie ? ».
S’il te dit « 4 » par exemple, alors tu peux lui dire « ok donc là aujourd’hui, ton mieux, c’est le mieux d’un enfant à 4 et c’est déjà très bien. »
Cette petite habitude toute simple l’aidera à relativiser une performance moyenne: si son énergie est à 2, logique que les devoirs soient difficiles à faire correctement.
Pourquoi les accords toltèques ont besoin du corps pour fonctionner avec les enfants
Chez l’enfant, comprendre ne suffit pas à changer. Ce qui s’inscrit durablement dans le cerveau, c’est ce qu’il pratique, ce qu’il expérimente, pas ce qu’on lui explique. C’est la base de la plasticité cérébrale.
Les accords toltèques disent quoi viser.
La sophrologie dit comment y arriver (par le corps, la répétition, l’expérimentation).
Les accords toltèques sont la carte. La sophrologie est le chemin.
Conclusion: redonner du pouvoir aux parents
Chacun des accords toltèques porte une idée clé.
Tu n’as pas besoin de tout changer d’un coup: travailler sur un accord, avec une pratique de 5 minutes, c’est déjà recâbler quelque chose de durable dans le système nerveux de ton enfant.
C’est exactement ce travail-là qu’on fait en séance: ancrer le changement à travers le corps pour qu’il devienne durable.
Quoi qu’il en soit, garde à l’esprit que tu toi aussi, tu fais de ton mieux… et que c’est suffisant 🙂


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